
Le débat public est sans doute le point central de toute élection présidentielle, aux Etats-Unis comme dans le reste des démocraties occidentales. Pourtant au fil des années; les formes et les
modalités du débat politique n'ont cessé d'évoluer et pas seulement sous l'impulsion des conseillers en communications comme certaines personnes le fantasment. Si les conseillers politiques et
autres ont pris une place si importante dans la course aux présidentielles c'est avant tout en raison d'un bouleversement dans la façon d' «exposer» le débat public.
L'un des facteurs sans doute les plus importants dans le bouleversement de la course politique, fut le développement des médias de masse: Radio, Cinéma, Télévision... Si cette démonstration n'est
plus à faire, la question redevient pertinente avec l'explosion du rôle d'Internet dans la campagne présidentielle américaine. A l’instar de la campagne présidentielle française du printemps
dernier, Internet est devenu le média central de cette course à la Maison Blanche, à la fois plate forme d’expérimentation tout autant que piège à «électeurs virtuels ».
Dans les années 1920, la radio fut le premier média de masse à jouer un rôle déterminant lors d’une campagne présidentielle et le président Calvin Coolidge connut une large présentation de ces
discours sur support audio… Média tribal par excellence pour Marshall Mc Luhan, la radio était souvent l’apanage des grands orateurs, capable de réunir les individus en une
«foule». Cette foule censée assurer la légitimité d’un candidat, d’un chef politique ou d’un président. C’est à ce titre qu’elle fut si souvent utilisée par les dictatures fascistes des années
1940 en Allemagne comme en Italie pour faire œuvre de propagande.
Un peu plus tard, l’habilité du président Théodore Roosevelt a utilisé le média radiophonique comme partie intégrante de son discours de séduction. La radio confiait il àl’époque: «donne l’impression d’un discours au coin du feu ». Par ces quelques mots le président avait compris que les média de masse permettait de toucher directement les citoyens devenus le temps du scrutin « une foule d’électeurs » à convaincre.
C’est véritablement avec la télévision que va s’opérer le tournant des années 1960. Le débat Nixon-Kennedy durant la campagne présidentielle 1960 sera le symbole de cette profonde transformation
dans la modalité de faire campagne. Au lendemain des débats, le journaliste Philip Deane publiait dans le journal canadien «Globe and Mail», un article illustrant parfaitement ce nouveau
paradigme : « Le Shérif et l’Avocat ». Dans le cadre de ce débat, les analystes se sont très vite aperçus du rôle de la télévision dans l’élection du jeune
gouverneur John F Kennedy. Même si il serait faux, de simplifier ou de surestimer le rôle du média audiovisuel dans la bataille présidentielle de 1960, il est certain que Kennedy apparaissait
comme un personnage plus « normal », plus « semblable » aux américains que Richard Nixon. Ce dernier, en dépit des efforts pour se présenter comme le meilleur, ne comprit pas
les effets contre productifs de cette tactique… fr.youtube.com/watch
Les américains ne souhaitaient pas d’un président infaillible mais d’un président qui leur ressemblaient. Il en est de même pour beaucoup d’observateurs qui n’ont pas compris la réélection de
Georges W Bush… Ces derniers n’avaient observé que 10% de la société américaine constituée des intellectuels et des urbains… Oubliant un peu vite le reste du pays.
Dans ce « reste d’Amérique », on vote avant tout pour celui qui nous ressemble…mais nous y reviendrons dans un prochain article.
La télévision a considérablement bouleversé les logiques de débats publics le transformant pour certains, le rendant plus démocratique pour d’autres ou le rendant même transparent pour ceux qui
comme Baudrillard soutenaient que c’est lorsque le débat public au profit d’une logique spectaculaire. Ce début de XXIème siècle est en tout point de vue celui du triomphe d'Internet et de la
communication 2.0. A ce titre autant que les anciens média, ce nouvel outil semble en passe de modifier profondément l’exercice du débat politique. Les élections présidentielles
américaines ont déjà commencé à montrer à quel point la course à la Maison Blanche passe par le net.
Comment comprendre les nouveaux enjeux de ce nouveau média dans le cadre du débat public et plus particulièrement celui des élections présidentielles américaines ?

La bataille a tout d'abord commencé le 23 Juillet dernier. La célèbre plate-forme communautaire "You Tube" (aujourd'hui racheté par le monstre du Web "Google") en association avec la chaine de
télévision "CNN". Le premier débat était celui rassemblant pendant plus de deux heures, les candidats démocrates à l’investiture. Clinton, Obama, et leurs rivaux ont du répondre à une quarantaine
de questions issues des quelques milliers sélectionnées sur Internet.www.youtube.com/youchoose
Dans un autre registre YouTube est aussi l’occasion pour les supporteurs de chacun des candidats de découvrir des vidéos de leurs candidats. Cette utilisation d’Internet dans la campagne
présidentielle américaine est sûrement la plus intéressante et la plus encourageante pour le débat démocratique. Pour autant, l’arbre « YouChoose2008 » cache une forêt virtuelle bien
plus broussailleuse et bien plus avide de récupérer le débat politique.
La bataille s’est alors poursuivie sur la plate-forme générationnelle MySpace en lien avec MTV. www.myspace.com/election2008
C’est notamment le candidat démocrate John Edwards qui a investi ce pôle virtuel de campagne. A la manière de la jeune artiste plasticienne érotico-trash ou du vieux punk baroque, la page MySpace
de John Edwards affiche « Male, 54 years, CHAPEL HILL »…. Bref un vrai « wanna be » politique entre John Doodle et les Plasticines… Le site MySpace de John Edwards fut le lieu
d’un débat virtuel entre internautes et le dit candidat lors du 27 Septembre… D’autres candidats devraient participer à ce type de débats.profile.myspace.com/index.cfm
Pourtant il ne faudrait pas croire qu’Internet est le bastion jeune et démocrate de la campagne et le vétéran républicain comme John Mc Cain ont aussi leur page de campagne. On ne sait pas si le « Thanks for the add » doit être pris pour un signe de ralliement, une promesse de vote ou un simple avatar de réponse… Déjà ici
se fait sentir ce que j’appelle le degré zéro du débat public, où le ralliement à un candidat se fait par un « add » sur MySpace ou FaceBook.

Ce geste pose la question profonde du ralliement politique… Tout se fait désormais à la façon FaceBook ou MySpace où l’engagement politique revient à un « add » ou un
« poke »… Le débat public n’est résumé qu’à un simple clic ou adhésion sur la page d’un candidat. Bref le débat public se résume quelque peu à rejoindre les amis de
Mike Huckabee ou Hillary Clinton.www.myspace.com/johnmccain
Aujourd’hui Internet a littéralement envahi la campagne présidentielle pour le meilleur comme pour le pire. Pour certains en effet, Internet et la net-démocratie serait le nouveau pôle de débat public, rapprochant les hommes du « global village » de Mc Luhan et permettant un échange de tous….
Pourtant Internet est peut être le réseau qui cache les réseaux… A trop vouloir faire d’Internet un lieu d’échange, ce dernier est en train de devenir un vaste terrain vague où
se croise les LGBT for Edwards et le Evangelists for Mc Cain dans un grand tourbillon de sous-pages et sous-sites….. En effet loin de créer une véritable voix
pour le débat, Internet est en train de créer une vaste cacophonie dans la campagne présidentielle américaine… Et c’est ici que l’on peut voir le vaste changement ou plutôt la
continuité de l’ère des communicants télévisuels. Les candidats ont compris que le public s’était déplacé vers la sphère virtuelle. A eux de le suivre !
Des vielles vidéo comme celle « supposée » du clan Clinton (sur les propos d’Obama concernant Regean) ressortent sur les plates-formes vidéo…Anonymat comme protection pour les uns ou les autres. Internet donne de nouveaux outils aux candidats pour détruire leurs adversaires à coup de missiles médiatiques. Il ne serait pas étonnant dans les semaines à venir que diverses vidéos se baladent sur les plates-formes Dailymotion et YouTube.www.youtube.com/watch
Internet, porté comme grand espoir du débat démocratique de cette campagne américaine est peu à peu en train de rejoindre les travers de ses anciens camarades « médias ». A l’instar de la télévision, il semble qu’Internet va aussi être le théâtre de cette campagne « sale » qui se prépare aux Etats-Unis. Comme les vidéos sur Ségolène Royal en France (celle des professeurs par exemple)… la plate-forme virtuelle risque de devenir un vaste déversoir des coups bas en tout genre...
Le problème revient ici à celui de l’utilisation des anciens médias. Internet risque à l’avenir d’être utiliser comme un piège à voix, un moyen pernicieux de propagande politique au risque de confisquer son degré libertaire qui a su assuré son succès.
Alors que dire du rôle d’Internet dans le rôle de la campagne présidentielle américaine ? A vouloir trop faire d’Internet, le outil messianique de la démocratie, on en a peut être un peu vite oublié l’utilisation qui en est faite. En effet dans un média où la plus part des recherche sont « sexe » et « porno » il était peut être un peu ambitieux de vouloir faire porter au web le rôle de grande « agora virtuelle ».
Ainsi, loin des ambitions méssiano-démocratiques prônées par certains, il faut voir un Internet un lieu de l’altérité…Un lieu où le débat n’a peut être pas les formes « officiels », ni les formes connues du débat public… Un lieu où certaines pépites sont elles aussi symboles de ce débat démocratique… Pour tout dire, les choses les plus intéressantes dans la campagne présidentielle américaine sont peut être les parodies en tous genres qui fleurissent sur Internet.
A commencer par celles-ci :

